CahierDeCharles

« Entre Chien et Loup »

    Vous pouvez vous procurer le livre à ce lien : http://www.lulu.com/shop/skrywerz/entre-chien-et-loup/paperback/product-23474632.html ♥ (07/01/2018)

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08/02/2017

Je n'ai pas écrit cette histoire pour que vous les pardonniez.
J'ai écrit cette histoire parce que je suis persuadée que les gens changent.

Avant la première page grise. 31/12/2016

Charles n'a jamais eu les bons mots, les bons propos, le ton juste, il est un garçon aux milles révolvers. Au travers ce cahier gris un peu bancal, un peu bordélique, un peu brouillon, il y a des taches de vert sapin et de bleu nuit qui font transparaître un réel visage bien loin des armes de destruction massive. Il y a des traces de ces dizaines de personnes qui nous entourent, qui nous accompagnent, qui font du présent ce qu'il est, de nous ce que nous sommes, et quelques pétales de tulipes. Cette histoire est l'histoire de plusieurs personnages, raconté par la plume d'un adolescent de dix-sept ans qui se découvre avec stupeur, se cherche les mains tremblantes, et se trouve avec un soulagement infini.
 
« Les mots ont un pouvoir, les mots sont forts. Les mots embrassent, caressent, apaisent. Les mots frappent, tapent, cognent. Les mots sont des révolvers et des bouquets de tulipes. J'ai écrasé et déchiré les fleurs pour créer une arme de destruction massive. »
 
Charles vous raconte son histoire au travers de son cahier orné de pages manuscrites, de page internet, et de conversations SMS.

 

#EntreChienEtLoup - Skrywerz - @auxspheres
skrywerzhs@gmail.com

Seulement une partie de l'histoire est en ligne sur le blog.
Vous pouvez la lire en intégralité en version papier.

05/11/2017 - Entre Chien et Loup. 05/11/2017


05/11/2017 - Entre Chien et Loup.
05/11/2017 - Entre Chien et Loup.

 


Entre Chien et Loup est un projet commencé il y a quelques années et abandonné assez brutalement parce que je sentais que je perdais mes personnages. J'ai repris tout aussi brusquement l'écriture cette année et en un mois j'ai relu, continué, et bouclé la fiction. Dès février j'ai pu la publier sur un blog et j'ai été touché de voir des lecteurs qui l'avaient lu lors du premier "jet" inachevé, revenir et vivre cette aventure avec moi.

 

Maintenant, grâce à Justine, pour sa relecture, grâce à ma maman, pour la correction, cette histoire existe enfin en livre. C'est toujours le même effet la troisième fois, je suis très émue de le tenir fin prêt entre mes doigts. La couverture a été réalisée par Justine. Nous voulions créer quelque chose qui donne l'impression du vrai cahier gris de Charles, avec des gribouillages des petits dessins, des ratures... Une couverture dans la lignée de mes autres livres est envisagée, je vous en dirai davantage si cela se confirme. Le livre est à 13¤. Merci mille fois aux lecteurs, merci à ceux qui se procureront l'exemplaire.

 

Mon rêve se réalise une nouvelle fois.
 

Remix from Skrywerz

(page sans date 1) 08/02/2017

C'est complètement con d'écrire dans un journal. Encore plus dans un journal intime. Encore plus pour un garçon. Encore plus de commencer de manière aussi cliché. Mais on dit que se confier, oralement, fait du bien ; alors j'ai pensé « Pourquoi le faire sur du papier n'en ferait pas aussi ? ». J'ai retourné le grenier et j'ai trouvé ce vieux cahier gris dans un carton. Il est sale et poussiéreux mais ça fera l'affaire. Je ne vais pas recommencer à faire ces conneries de toute façon : pour ce soir, ça suffira amplement. Enfin j'espère. Je ne sais même pas pourquoi je fais ça, là, me justifier face à du papier.
 
Je suis seul à la maison. Tout le monde est sorti. Je suis seul comme le putain de salaud que je suis. Je me revois encore faire. J'ai comme un film qui tambourine à l'intérieur de mon crâne. Et impossible de s'en défaire, c'est comme une pellicule intégrée que je ne peux pas supprimer. Bordel. Elle était là, devant moi. Ils se foutaient de sa gueule. Tous. Ils l'insultaient, la traitaient de vache. Puis j'ai fait pareil. Il lui a dit que l'avantage de sa situation c'était qu'elle ne se ferait jamais violer - trop laide et grosse pour ça. Ils ont ri. Et j'ai continué. Je l'ai poussé. Elle est tombée par terre. Ça a fait du bruit. Ils ont fait semblant de gigoter en gueulant qu'ils ont failli chuter à cause du tremblement de terre. J'ai ri. Les filles lui on dit qu'elles pouvaient toutes rentrer dans son pantalon, en même temps, ensemble. Elle pleurait. Fort. Elle n'osait pas parler ni se défendre. Elle avait PEUR de nous. Elle avait PEUR de moi. Elle avait PEUR de Charly, Charly le mec populaire de 1ère ES. Et j'ai besoin de me cracher toutes ces choses à la gueule, pour les rendre réelles. Je ne suis qu'un vulgaire connard.
 
Depuis que je suis rentré du lycée, je ne fais qu'y penser. J'ai son visage ravagé par les larmes dans mon esprit. Ça me hante, me bouffe, m'obsède. J'ai tout fait pour ne pas m'attarder dessus, je suis allé voguer de vidéos Youtube en vidéos Youtube, j'ai essayé de réviser mes cours d'économie, j'ai tenté de me familiariser avec ma foutue guitare et seulement après j'ai fouillé le grenier. Mais rien. Rien. J'étais dans cet état pitoyable à fixer mon plafond en me répétant que je ne valais rien. Alors j'ai pris une douche froide. Résultat : je suis nu sur le sol de ma chambre à suffoquer depuis un moment. Je manque d'air. Et j'ai beau le chercher, on pourrait croire qu'il me fuit, lui. Je ne respire pas correctement, pas du tout. J'ai la tête qui tourne. J'ai froid. Je ne vais pas bien.
 
Pour m'enfoncer dans tout ça, je me suis mis à discuter avec moi-même par le biais de ma conscience, je me fous des tonnes de gifles en mettant des mots sur mes actes. Je hurle intérieurement. « Regarde-toi ! ». Ça continue. Ça tape. Ça me frappe. « Tu as détruit la vie de cette fille ! ». J'ai envie de m'enlever le cerveau pour pouvoir entendre le silence. « Tu n'es qu'un monstre ! ». Je ne suis qu'un monstre. Ouais. Je suis devenu la personne que je déteste le plus. Et ce qui me provoque cette vraie douleur dans l'abdomen, ce qui m'arrache une partie du c½ur, c'est ce que ce mec là, je le suis depuis un temps qui ne se compte plus en jours. Je suis ce putain de salaud depuis septembre et je ne me rends compte que maintenant de tout le mal que j'ai pu faire autour de moi. Je suis un monstre. Je réalise que les mots ont un impact, que les coups de poing font parfois moins mal que les insultes. Je réalise trop de choses pour pouvoir réaliser que je réalise. Je ne suis pas en état. Mais écrire me calme, très doucement. J'ai pu enfiler mon pyjama, c'est déjà positif il me semble.
 
La voiture de mes parents vient de se garer dans la rue, j'entends ma s½ur parler. Minuit approche, il faut que je dorme.

(page sans date 2) 08/02/2017

Je n'ai pas fermé l'½il de la nuit. Je n'ai pas dormi. Tout le monde est rentré tard, personne n'est venu dans ma chambre vérifier si j'étais bien dans les bras de Morphée. Heureusement parce que je n'y étais pas. Loin de là. Je suis resté dans mon lit, comme glué à mon matelas, à tenter de percevoir un peu de lumière dans cette obscurité, de distinguer la forme de mes meubles à travers le sombre. Puis, petit à petit, le noir s'est glissé en moi. Et il s'est propagé dans mes veines, circulant ainsi avec mon sang. Il a rendu mal mes globules blancs, mes globules rouges, mon plasma. J'en suis certain. Je me morfondais, m'insultais, me rabâchais les mêmes mots, les mêmes saloperies. Je me poignardais. Et à force, le couteau a touché un point trop sensible de mon estomac et j'ai fini par me vomir dessus. Littéralement. Ma s½ur est arrivée en courant et m'a aidé. Elle m'a tenu le dos, les cheveux, me caressait doucement la nuque, puis quand j'ai eu fini elle m'a nettoyé. Le tout en me parlant, en tentant de me calmer, mais je n'écoutais pas le moindre mot. C'était comme un bruit sourd en arrière plan, un son brouillé que je distinguais et entendais. Je n'avais plus de force alors je me suis laissé faire quand elle m'a enlevé mon haut et mon bas de pyjama. Elle m'a aidé à marcher, jusqu'à sa chambre, m'a fait mettre des vêtements propres, m'a glissé sous la grande couverture de son lit puis elle est reparti le temps de mettre à la machine à laver ce que j'avais sali. Il y avait une douce odeur de propre et de lavande dans sa chambre. Finalement, j'ai dormi contre elle, dans ses draps.
 
Maintenant, elle est partie avec son petit-ami se balader en ville. Ils vont y manger. Ma mère est déjà au garage en train de réparer le vélo et mon père nettoie la maison. Ils m'ont dit de rester au lit puisque j'étais malade. Je n'ai pas hésité une seule seconde avant de m'enfermer dans ma chambre. A l'heure où j'écris, je suis sous ma couverture, avec ce foutu cahier bien trop gris et je réfléchis. J'ai mal au crâne à force de le faire. J'ai sommeil, je suis épuisé, mais je n'arrive pas à dormir parce que je pense trop. Je me sens vraiment mal. Je suis un monstre, je l'ai mérité.

(page sans date 3) 08/02/2017

Je suis ridicule d'avoir écrit de telles conneries dans un foutu cahier.
 
Ce n'est qu'une meuf, une sur les trois/quatre milliards qui existent dans le monde. Je ne vois même pas pourquoi je me suis rendu comme ça pour elle.
 
J'ai passé la journée avec mes amis et tout va pour le mieux. Parce que j'ai ri, parce qu'on a fait les cons, parce qu'on s'est fait virer du cinéma, du bar, du magasin et du bureau de tabac. Parce que je suis heureux, que je souris, que je blague.
 
J'ai la vie dont tout lycéen rêverait, je suis populaire, bien foutu, j'ai la plupart des gonzesses à mes pieds, je suis pote avec toute la bande qu'ils tentent tous d'approcher en se faisant envoyer chier.
 
Pourquoi est-ce que je laisse une pauvre meuf me rendre si con ?
 
Je suis Charly. Je suis au dessus de tout ça.

(page sans date 4) 08/02/2017

Elle n'était pas là, aujourd'hui, au lycée. Elle a ce qu'on appelle une “béquille”, ce n'est rien de grave, c'est une douleur à la hanche à cause du fort choc qui lui a frappé les os quand on l'a jeté par terre. Ça lui fait mal et elle a dit à une de ses amies qu'elle voulait changer de lycée pour ne plus avoir à me croiser. Qu'elle avait eu « trop de peine » et « qu'essuyer les moqueries tous les jours l'épuisait ». Que ça avait été « le coup de trop » parce que je lui plaisais et que j'ai été « le plus violent ». Et cette fille en question, son amie, celle qui est venue m'attraper par le col à la sortie, elle avait les larmes aux yeux et elle a prononcé exactement ces mots : « Elle pourra même pas se barrer loin de toi parce qu'autrement il faudrait qu'elle explique tout à ses parents et elle a honte de dire ce qu'il s'est passé ! T'auras même pas de sanction ! Elle a dit qu'elle s'était blessée au basket ! ». Puis elle a rajouté que je ne « valais rien », qu'à part être un « putain d'abruti » je ne faisais rien de ma vie. Que ce ne sont pas « mes amis tous aussi cons les uns que les autres » qui vont me trouver un travail. Que si je veux « foutre ma vie en l'air », c'est mon « souci », mais que je dois « arrêter de détruire celles des autres ». Elle m'a craché ça, à la sortie des cours. Juste devant les grilles. Elle m'a insulté aussi, beaucoup. Les gars autour ont fait des petits cris, en gueulant que j'étais « une tapette », que je venais de « me faire niquer » par « la pote de Baleine ». Et je suis rentré chez moi en bus en leur gueulant de fermer leur gueule, sans répondre à cette fille dont je ne connaissais même pas le prénom.
 
Il ne faut plus que je parle au lycée. Il ne faut plus que j'ouvre la bouche là-bas. Il ne faut pas que je fasse du mal aux autres. Je ne veux pas être comme ça. Je ne veux pas piétiner des c½urs et casser des personnes. Je ne veux pas ça. Je ne veux pas. Je refuse. Les mots ont un pouvoir, les mots sont forts. Les mots frappent, tapent, cognent. Les mots embrassent, caressent, apaisent. Les mots sont des révolvers et des bouquets de tulipes. J'ai écrasé et déchiré les fleurs pour créer une arme de destruction massive. Ce n'est pas ce que je voulais. Putain de bordel de merde.

(page sans date 5) 08/02/2017

Ce soir, je suis déjà au lit et il est à peine dix-neuf heures. J'ai dit à Maman que j'étais fatigué, que je ne voulais pas manger, et alors qu'elle commençait à râler parce que je suis « toujours là à me plaindre », Alix est descendue en criant qu'il faudrait qu'elle m'adresse un regard de temps en temps. Je suis encore pâle. Maman a soufflé et elle est partie dans la véranda avec mon père. J'ai pu partir dormir.
 
Alix est venue dans ma chambre pendant que je me mettais en pyjama et m'a dit qu'elle allait au cinéma avec son petit-ami mais que je pouvais dormir avec elle ce soir si je voulais. Je ne sais pas si je peux faire ça. Je me sens trop mauvais pour infliger ça à ma s½ur. Elle mérite mieux que moi.
 
Pendant que mes parents regardaient la télé et ne prêtaient pas attention au bruit autour, j'ai foncé sous la douche. Puis je me suis écroulé, j'ai cru que toute ma force me quittait, je suis tombé à genoux et j'ai chialé comme jamais je ne l'avais fait avant. J'ai dû y rester une demi-heure mais Alix n'est pas rentrée. Elle m'a juste envoyé un SMS en me disant qu'elle serait bientôt là et que je pouvais déjà m'installer dans son lit. Elle sait très bien que j'y finirai et qu'on va passer le reste de la nuit dans les bras l'un de l'autre. Mais putain, si elle savait. Si elle savait que je suis une ordure, elle ne voudrait plus de moi. Je le sais, j'en suis sûr. Heureusement qu'elle n'est pas au même lycée que moi.

(page sans date 6) 08/02/2017

Je commence à me haïr moi-même. Vraiment fort. Depuis mardi matin, je n'ai dit que trois mots au lycée : « Je suis malade. ». Et j'ai eu envie de pleurer après. Le son de ma voix me serre le c½ur. Comme si je le prenais à pleine main et que je l'essorais de toutes mes forces. Je me déteste. Pourtant je parle encore chez moi. Parce qu'ils méritent que je sois un gosse correct, un minimum. J'ai même fait une partie de Uno avec Alix. Elle a gagné. Elle m'a proposé d'aller au bowling, ensuite, ce soir, tous les deux, pour fêter sa victoire. J'ai refusé. Un vendredi soir, il y aura sûrement des personnes du lycée et il ne faut pas que je leur adresse la parole. J'ai préféré rester avec elle à parler de tout et de rien, dans mon lit, à voguer sur nos portables respectifs.
 
J'ai décidé de changer. Je l'ai décidé. Moi, Charles. Je veux devenir quelqu'un de respectable, quelqu'un de bien. Je veux que ma s½ur soit fière de moi, j'ai déjà tellement déconné.
 
Ecrire ça, c'est un bon début je pense. Puis garder ce foutu cahier gris aussi.

(page sans date 7) 08/02/2017

Pourquoi je n'y arrive pas ? Pourquoi je n'arrive pas à devenir quelqu'un de bien, de correct ? Pourquoi je chiale en écrivant ça ? Pourquoi j'écris des conneries dans un cahier de merde ? Pourquoi leur regard et leurs avis me paralysent autant ? Pourquoi j'ai l'impression de hurler dans le vide ? Pourquoi personne ne m'entend ? Pourquoi je me sens si seul alors que je passe mon temps avec une bande de quinze gars ? Pourquoi j'ai le ventre noué ? Pourquoi j'ai une boule dans la gorge ? Pourquoi j'ai sans arrêt envie de pleurer ? Je veux changer ! Je veux changer ! Mais je n'y arrive pas ! Je suis devenu la personne que je déteste le plus au monde ! Je me hais, je me hais ! Je ne dois plus parler. Je ne dois plus dire un mot. Je ne dois plus laisser le moindre son s'échapper de ma bouche au lycée. Je suis un monstre. Un putain de monstre. Je suis affreux. Je suis dégueulasse. Je m'en veux. J'ai essayé. J'ai essayé ! Je le promets bordel ! J'ai fait des lettres. Des lettres d'excuses ; pour les deux filles. Je suis allé leur donner. Puis un mec est passé, m'a dit en riant « Charly va pécho avec des déclarations d'amour ! » et j'ai éclaté de rire en disant « Avec elles ?! Même pas dans des cauchemars ! ». Elles m'ont dévisagé. Son amie, elle voulait me frapper, me foudroyait des yeux et Baleine, je sais même pas son vrai prénom putain de bordel de merde, elle avait les lèvres qui tremblaient. Je me suis enfui. J'ai soufflé un pardon qui transpirait de toute la sincérité que j'avais en moi, puis je me suis cassé en courant, les lettres froissées entre mes phalanges. Je suis rentré chez moi et Alix était déjà là ; elle sèche souvent ses cours d'histoire. Elle m'a juste demandé « Quelle matière ? » et quand j'ai eu répondu « Mathématiques. », elle a ri doucement. Elle déteste ces choses-là, les maths, l'économie, les sciences dures, ce n'est pas pour rien qu'elle est en filière littéraire. Elle mangeait une tartine de confiture de lait, avachie dans le canapé en jouant à The Last of Us, quand je suis arrivé et elle y est encore là. Je l'entends râler contre les claqueurs. Et j'ai envie d'aller la voir, de tout lui dire, de lui cracher à quel point je me dégoute, de lui expliquer que je ne suis qu'un salaud, mais j'ai peur. J'ai peur que ses yeux me donnent envie de me jeter d'un pont ou du haut d'un immeuble. Et je crois que je commence à penser sérieusement à ces choses-là trop souvent.